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Recettes des artisanats

mercredi 2 mars 2016

[Chronique] Jour 3 - Partie 1



- Jour 3 -



Je grelottais, perdu au milieu des ténèbres. Des formes mouvantes tournaient lentement autour de mon feu. J’avais peur. N’osant franchir la barrière de lumière qui les empêchait de me trucider, les ombres pestaient silencieusement, crachant toute leur colère et leur haine sur mon innocent feu. Je l'alimentai et me blottis à ses côtés. Somnolant un moment, la fatigue ne tarda pas à m’empoigner de force vers un sommeil tourmenté.



AudreyAya - http://audreyaya.deviantart.com/

Le soleil levant, je m’éveillai doucement et, toujours un peu somnolent, je rassemblai fébrilement mes affaires, réfléchissant à ma situation, seul sur ces terres aussi hostiles qu’imaginaires.

- Voilà trois jours que je m’efforce à survivre dans ce monde totalement loufoque, grinçais-je, attrapant ma lance.

Quel pouvait être le but de toute cette mascarade que l’on me faisait subir ?
Ayant regroupé tout mon barda, je levai le camp.

Vers où devais-je me diriger à présent ? Me grattant la tête, le visage défiguré par l’incertitude, je fis un tour sur moi-même, évaluant la potentielle dangerosité des différents environnements qui se présentaient devant moi.

Mon choix fait, je pris, toujours hésitant, la direction de l’orée de la forêt de bouleaux.

Une délicieuse odeur d’automne y flottait. Une légère bise caressa mon visage qui se détendit rapidement. Des feuilles d’un orange éclatant, semblant planer, virevoltaient au milieu des nombreux arbres aux troncs blancs entrecoupés de raies noires tranchantes.
Je pénétrais dans ce paradis serein et paisible, le cœur empli de plénitude. Pris par cet apaisement soudain, je m’enfonçais dans la forêt. Un raton laveur passa à quelques arbres de moi. Il semblait glisser gracieusement sur le parterre de feuilles qui recouvrait la quasi-totalité du sol de la forêt. Il continua son bout de chemin en sautillant. Alors que je le suivais discrètement, je le vis bondir et se terrer dans le creux d’une vieille souche d’arbre. Il disparut.

J’abattis quelques arbres, presque par habitude depuis peu, et constatai agréablement que les bouleaux portaient de gros marrons, emprisonnés dans leurs feuilles, tout en haut, là où seuls les habiles oiseaux arrivent à les dénicher. J’en fis un petit stock.

- Je les ferai cuire plus tard, pensai-je.

Ma pensée délicieuse, imaginant des monts et des monts de marrons chauds, légèrement grillés et enrobés d’une fine couche de sucre fondant au contact de la langue, fut subitement troublée par un désagréable cliquetis, mêlé à un ronflement répétitif, grave et bref.

Ce brouhaha, paraissant certes, éloigné, eu rapidement le don de m’énerver. Dressant l’oreille, je repérai approximativement la provenance de ce tintamarre.
Je m’élançai le visage dur, bien décidé à stopper cet insupportable boucan.
Après quelques pas dans les feuilles mortes, plus loin, le grondement devint plus fort : j’étais tout près !
C’est alors que je l’aperçus. Au détour d’un arbre, au milieu d’une esplanade de terre dénudée d’arbres, ayant vaincu la force de la nature depuis sans doute des millénaires, reposait un complexe dallé qui me laissa bouche bée.
Un sol marbré, reluisant, des tapis épais et touffus, des piliers sculptés s’élevant dans le ciel au milieu du vide, d’antiques statues, représentant une multitude de personnages plus ou moins mythologiques.
Je restais sans voix devant la simplicité déconcertante, l’inutilité évidente de ce pseudo édifice. On aurait dit un temple à moitié construit, laissé à l’abandon au milieu de nulle part mais qui avait, par on ne sait quel enchantement, réussi à contenir l’envahissement naturel de la flore à ses abords.
Ce monument se tenait fièrement, comme s’il venait d’un autre monde, narguant presque son observateur de son indéniable audace artistique.

Mais qui avait pu avoir l’idée si saugrenue de dépenser une fortune pour bâtir ici, en pleine nature, au centre du néant total ? Cette question ne trouverait sans doute jamais de réponse tellement la chose était absurde.

Subjugué par tant d’étrangeté, j’en avais presque oublié ce bruit horripilant qui m’avait fait venir jusqu’ici. Je notai alors la présence d’étranges créatures, dormant étalées sans aucune gêne sur le sol marbré de l’édifice. Je les observais plus précisément. Mais qu’étaient donc ces êtres ?

A chaque coin de la structure se trouvait un petit être. Ce monstre presque intégralement constitué de métal couleur brun rouille gardait des apparences quasi humanoïdes. Ses deux pattes soutenaient un corps d’aspect conique pointé vers le bas.  En guise de cou, un soufflet d'accordéon devait octroyer une meilleure maniabilité à sa grosse tête, en forme de cheval. Le soufflet s’écartait et se rétractait au rythme des respirations mécaniques et rocailleuses du canasson, produisant un son indescriptible et tonitruant, à s’en arracher les oreilles s’il devait perdurer.

Mais le plus étonnant était encore à voir. Au milieu de cette cacophonie ensorcelée, se tenait une autre créature, beaucoup plus imposante, un véritable amoncellement de ferrailles. Imaginez un antique poêle trônant dans la cuisine de vos ancêtres, un poêle qu’un bricoleur délirant aurait démantelé et remonté après en avoir découpé et scié au hasard les tôles. Il recracha une fumée grisâtre qui s’en alla polluer l’air sombre régnant tout autour de cet endroit.

Encore n’était-ce là que la corne volumineuse que portait en étendard cette chose monstrueuse. Elle laissait à peine deviner le corps de la bête. Elle était bien là pourtant, cette gigantesque boule de fer. Si énorme que l’on pouvait se demander comment ces étranges pattes cylindriques arrivaient à la déplacer. Sous la trompe, une large mâchoire ornée de quelques dents terrifiantes s’ouvrait et se fermait mécaniquement sur un trou noir dont la vue me glaça le sang. Deux capsules de verre qui devaient faire office d’yeux luisaient d’un jaune malsain, en haut de sa face ferrailleuse.

J’enfonçai mon casque sur ma tête, sans doute par précaution, et m’avançai prudemment, lorgnant de tous côtés, tous les sens en alerte.

Alors que je progressais en direction du bâtiment, je me rendis compte que tout s’était tu autour de moi : plus de bruissement doux de feuilles, plus de piaillement mélodieux d'oiseaux. Tout semblait s’être arrêté pour me regarder, comme s'il allait se passer quelque chose d’extraordinaire, que personne ne pouvait rater.

J’étais au bord de la structure. A l’intérieur, tout le monde dormait profondément. J’hésitais à m’avancer davantage. Je n’étais pas rassuré.
La curiosité prenant le dessus, je fis un pas. Dès que mon pied toucha le sol marbré, le cheval à ma droite sembla s'extirper d’un coup de son sommeil. Il se réveilla en un bond. Éberlué, il se secoua la tête puis évalua son environnement. Je le regardais faire, totalement pétrifié de terreur.

La machine me remarqua en quelques secondes et fonça vers moi. Elle se déplaçait de façon étrange, par petits sauts rapidement exécutés si bien qu’elle atteignit une vitesse comparable à la mienne en pleine course.

Je me campai sur mes jambes, la prise sur ma lance assurée par mes deux mains. Un éclair de détermination avait traversé mon esprit : je n’étais pas terrifié, j’allais combattre ce monstre.
Zouille


Il me chargea, bondissant de rage. Il me percuta de sa tête avec une telle vitesse que l’esquive en était impossible. Je me retrouvais, cul par dessus tête, au sol, tandis que mon agresseur ralentissait, prêt à faire demi-tour. A moitié sonné, je me relevais chancelant et assurais un semblant de garde en positionnant mon arme de travers. Je n’allais pas me faire avoir une deuxième fois !

Sautant de plus belle, le monstre me fonça une nouvelle fois dessus. En un mouvement de lance, je heurtais violemment son crâne de fer, qui, par son poids combiné à la force que je lui imprégnais, fit chuter le canasson de côté. Un bruit de ferraille retentit, répandant un amas de poussière brune dans l’air. Je me précipitais sur mon ennemi, le frappant sans relâche, profitant de cette opportunité inespérée pour le mettre hors combat. Je le rouais tant et si bien de coups qu’il se mit à émettre un hurlement significatif. On aurait dit le bruit d’un morceau de métal frotté contre une pierre. Ce cri de douleur était horrible.

Mais était-ce réellement un aboiement de souffrance ?

A ma grande surprise, alors que j’achevais de lui ôter la vie, si l’on peut appeler ainsi l’entité divine qui animait cette sculpture de métal, je perçus, plus loin, un cliquetis de ferraille, suivi d’un grognement monstrueux. Je relevais la tête et apercevais l’énorme boule de fer qui sortait de son sommeil, sans doute réveillé par les cris de mon martyr. La créature se redressa lentement. Ses yeux, brillants d’une intelligence malveillante me fixèrent alors, et là, tout dérapa.

7 commentaires:

  1. Bon, voici pour ce 3e jour que je n'aurais pas réussi à publier ce 1er du mois :p Il sera, comme vous pouvez le voir, écrit en deux parties. J'espere qu'il vous plaira.
    Je remercie à nouveau les illustrateurs pour leur fabuleux travail malgré le fait que je n'étais que très peu présent ces derniers temps :)

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    1. Pa grave KoHann tant que ta chronique est génial :)

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  2. Je viens de découvrir la chronique que tu a écrite et j'ai été agréablement surpris! Il y a tellement de personnages et d'objets l'univers de Don't Starve que tu as encore pas mal de chose à raconter, sans compter que le jeu est en constante évolution, je pense que tu as encore un bon bout de de temps avant d'être à court d'inspiration. :) En plus, j'aime ta façon de nous raconter ton histoire, ta chronique a beaucoup de potentiel! J'ai hâte de voir la suite!

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    1. Merci beaucoup, ça fait vraiment plaisir :)

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